Les frères BONNEFF menèrent des enquêtes précises, au scalpel, d’investigations documentées, dans un langage simple, accessible et sans fioritures sur les conditions de travail et le monde du travail entre 1907 et 1914.

Ils écrivaient principalement dans le journal l’Humanité, en première page à coté de Jaurès.

Les frères BONNEFF sont tous les deux morts à l’automne 1914 dans les tranchées, il y a 101 ans, à quelques semaines d’intervalle.
Tous les journalistes pourraient s’inspirer de cette manière d’écrire et de relater la réalité du monde du travail, au plus près des travailleurs et de leur syndicat, la CGT et de ses militants, qui leur donnent des informations, et qui les aident aussi discuter à avec les travailleurs, voire à rentrer dans les entreprises, les chantiers et carrières.
Nous y découvrons d’anciens métiers, mais avec des sujets d’actualité : l’exploitation, les accidents du travail, les maladies professionnelles, la durée du travail, les apprentis, le travail des femmes, le travail de nuit, les risques chimiques, l’amiante…

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Il y a un siècle, les frères Bonneff mettaient les risques du travail à la Une
30 août 2015
Fanny Doumayrou – L’Humanité

Chroniqueurs et dénonciateurs infatigables de la condition ouvrière, les frères Léon et Maurice Bonneff ont publié dans l’Humanité, à partir de 1908, une série d’articles dressant un tableau impressionnant du monde du travail de l’époque. Avant d’être fauchés, au front, en 1914.

Ce sont deux oubliés des commémorations de la Grande guerre. En septembre 1914, le soldat Maurice Bonneff, 30 ans, était porté disparu après un combat dans la Meuse. Trois mois plus tard, son grand frère Léon, 32 ans, était grièvement blessé par un éclat d’obus et décédait à Toul, le 28 décembre 1914. L’humanité perdait deux âmes, et L’Humanité, journal de Jaurès fondé dix ans plus tôt, deux chroniqueurs infatigables de la condition ouvrière. En six années, entre 1908 et leurs derniers écrits en juillet 2014, juste avant le déclenchement de la guerre, les deux frères avaient publié quelque 265 articles dans L’Huma, tous consacrés à la description et à la dénonciation des conditions de travail effroyables des ouvriers, hommes, femmes et enfants, employés dans une industrie en plein développement, mais aussi dans le bâtiment, ou encore à domicile dans le secteur textile. Articles militants, réalisés souvent avec la complicité de syndicats CGT, et revendiquant, toujours, l’adoption de lois  protectrices et réparatrices pour ces travailleurs.
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Mise en ligne d’une ressource documentaire exceptionnelle sur les conditions de travail au début du XXe siècle
22 juin 2016
Laurent Vogel Chercheur ETUI

L’Union syndicale Solidaires, une confédération syndicale française qui compte quelque 300.000 membres, a récemment mis en ligne des enquêtes sur les conditions de travail et les maladies professionnelles. Parus entre 1907 et 1914 dans le quotidien L’Humanité, ces articles restent d’une étonnante actualité. Ils constituent une source de premier plan pour l’histoire du monde ouvrier et une ?uvre journalistique originale. Au début du XXe siècle, deux journalistes autodidactes, les frères Léon et Maurice Bonneff, se donnent pour projet de décrire la condition ouvrière. Militants socialistes et membres de la CGT, ils se rendent dans les usines de la banlieue nord de Paris et d’Île-de-France, puis dans les mines, les carrières, les verreries et autres établissements industriels de Normandie, du Pas de Calais
et de Bretagne.Leurs contacts dans le mouvement syndical leur ouvrent les portes des usines. Ils observent le travail, le décrivent avec force détails, interrogent les ouvriers, visitent leurs logements et rapportent dans un style naturaliste leurs conditions de travail et de vie.
Ils décrivent les maladies professionnelles qui déciment le monde ouvrier, comme l’empoisonnement par le mercure ou le plomb.
Leur attention se focalise sur les abus les plus révoltants liés au capitalisme industriel : le travail des enfants, l’exploitation des travailleurs migrants, la misère des travailleurs malades ou victimes d’un accident du travail.
Fait assez remarquable pour l’époque, le duo de journalistes dénonce l’écart salarial entre ouvriers et ouvrières, et les tâches ingrates qui leur sont confiées.
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